Le temps d'une visite

Quatre heures au Musée du Louvre

Le Louvre est le plus grand musée d’art et d’Antiquités au monde, ainsi que le plus visité (avec plus de 10 millions de visiteurs par an). Reconnaissable par son architecture unique, qui mêle les styles Renaissance, classique et néo-classique, mais aussi par la spectaculaire pyramide de verre au centre de sa cour, il expose plus de cinq-cent-cinquante-cinq milles œuvres, parmi lesquelles d’immensément célèbres créations comme la Joconde de Vinci ou la Vénus de Milo. Pour bien comprendre la quantité phénoménale de pièces conservées au Louvre, il faut savoir que si un visiteur consacrait seulement dix secondes devant chaque œuvre, il lui faudrait quatre jours complets pour toutes les voir…

Par Kassandre Fradelin, Nicolas Yvon
Le Musée du Louvre vu du ciel – © 2009 Yann Arthus-Bertrand

En réalité, le visiteur ne passe que quelques heures dans le musée. Il faut donc bien choisir son parcours pour admirer les œuvres incontournables, juste après celles citées précédemment et pour lesquelles mieux vaut s’armer de patience pour ne serait-ce qu’apercevoir une partie tant l’affluence est considérable. Suivez le guide en commençant pour un petit tour du Louvre en dix œuvres d’art célèbres à ne surtout pas rater.

Il faut d’abord monter le grand escalier et passer devant La victoire de Samothrace, puis reprendre sa route pour aller s’arrêter devant le tableau de La Vierge, l’enfant Jésus et Sainte-Anne (Léonard de Vinci) ou Le tricheur à l’as de carreau (Georges de la Tour). Ensuite faire un détour indispensable dans la galerie qui regroupe Le Sacre de Napoléon (Jacques-Louis David), Le Radeau de la Méduse (Théodore Géricault) et La Liberté Guidant le Peuple (Eugène Delacroix). Enfin, finir par un passage dans la cour carrée pour admirer les statues exposées dans cette vaste pièce lumineuse. Tant d’œuvres infiniment célèbres qu’on admire sans fin. Cependant, le Louvre regorge également de bien d’autres trésors, plus discrets, plus cachés, mais tout aussi remarquables et admirables. La visite reprend avec, cette fois, une sélection de créations moins connues, à découvrir ou redécouvrir sans retenue.

FIGURES FÉMININES

LA GRANDE ODALISQUE

Le secret du peintre

La Grande Odalisque – 1814
Jean-Auguste-Dominique INGRES (1780 – 1867)
Aile Denon – Salle 702

L’œuvre d’Ingres, issue du département peinture, est installé dans l’aile Denon. Dès le premier regard, cette femme de harem nous transporte dans un Orient sensuel. Le visage tourné vers le spectateur, elle représente un nu mythologique des plus fascinants. Le contraste entre la pose lascive et la délicate économie des couleurs fait de ce tableau une représentation subtile et harmonieuse. L’œuvre a pourtant été violemment critiquée lors de son exposition au Salon de 1819 : le style d’Ingres a été incompris et il lui a été reproché un mépris de la vérité anatomique. De fait, le peintre a ajouté quelques vertèbres au dos de la jeune femme, le rendant beaucoup plus longiligne. Cette liberté de l’artiste rend l’odalisque d’autant plus sensuelle.

LA FEMME À LA PERLE

L’autre Joconde

La Femme à la Perle – vers 1868-1870
Camille COROT (1796-1875)

Jean-Baptiste Camille Corot a réussi le tour de force de conjuguer plusieurs peintres immensément célèbres dans cette œuvre. Le titre évoque une autre jeune femme, celle de Vermeer, la pose nous fait penser à la Joconde. Les vêtements, les couleurs et le visage rond, eux, font penser aux tableaux de Rafaël. Le modèle, Berthe Goldschmidt, porte un très léger voile sur la tête ainsi qu’une robe provenant d’Italie, ramenée de voyage par Corot lui-même. Ce qu’on a longtemps cru être une perle est en fait une petite feuille qui se détache sur le front de la jeune fille, en toute délicatesse.

LA TÊTE DE FIGURE FÉMININE

Visage parfait

Tête de figurine féminine
Cycladique ancien II (2700 – 2300 avant J.C)
Aile Denon

Cette pièce d’une grande pureté géométrique est le premier témoignage de la sculpture en marbre grecque. La taille exceptionnelle de la tête (27 cm), aux dimensions d’un visage classique, indique qu’elle appartenait sûrement au corps d’une idole féminine nue mesurant 1 m 50. L’équilibre de la composition est fascinant : seules les oreilles (invisibles de face) et le nez sont en relief. L’éclatante blancheur du marbre dissimule en réalité une polychromie antérieure mais confère à la statue fragmentaire un calme apaisant. Cet aspect abstrait du visage a séduit et inspiré les plus grands artistes modernes, Modigliani et Picasso en tête.

FIGURES MASCULINES

LA FRISE DES ARCHERS

Les Immortels

La Frise des Archers
Epoque achéménide – Règne de Darius (vers 510 avant J.C)
Suse – Palais de Darius 1er
Aile Sully – Salle 307

Les soldats de la garde de Darius étaient toujours dix milles, pas un de plus, pas un de moins. Si l’un d’eux était malade ou tué, il était immédiatement remplacé. Hérodote les surnomme les « Immortels », ces hommes symboles de la grandiloquence du système royal perse. Ce mur conservé au Louvre les représente dans un décor en brique coloré, inspiré des palais de Babylone. Voilà le défilé des archers, armés d’arcs et de carquois, vêtus d’une grande robe perse. Leurs coiffures sont très travaillées : les épaisses boucles brunes retenues par un diadème de feuillage sont admirables. La frise, très lacunaire à l’origine, a été admirablement bien reconstituée par les restaurateurs du Musée du Louvre.

LA TÊTE DU CAVALIER RAMPIN

Le sourire du soldat

Tête du cavalier rampin
Vers 550 avant J.C – Acropole d’Athènes
Aile Denon

Cette tête appartient à celle d’un cavalier. Une autre, identique, se trouvait en face, de l’autre côté de l’Acropole à Athènes. Son identité est incertaine, mais un tel duo fait nécessairement penser aux Dioscures Castor et Pollux qui veillent sur l’Acropole. La représentation du visage est un incroyable chef d’œuvre : pommettes saillantes, menton pointu, yeux en amande. Les effets d’épaisseur des perles de la coiffure, les cheveux bouclés et la barbe légère démontrent la grande richesse décorative de l’ornement. En outre, un reste de couleur rouge confère à cette œuvre un charme diffus. La statue est finalement sublimée par un trait rare et magnifique : le doux sourire.

LE SCRIBE ACCROUPI

L’écriture symbolisée

Le scribe accroupi
4e ou 5e dynastie (2600 – 2350 avant J.C) – Trouvé à Saqqara
Aile Sully – Salle 635

Ce scribe assis en tailleur est l’un des plus célèbres inconnus de l’art : on ne sait de lui ni son nom, ni ses titres, ni même son siècle. Mais la statue n’en est pas moins admirable et la dextérité des sculpteurs moins louable. À l’époque, ces derniers n’ont pour outils qu’une pointe et un maillet ! Ce qui frappe le plus est le traitement du visage, extrêmement soigné, avec l’incrustation des yeux et les traits de peinture noire qui dessinent les sourcils. Les mains, les doigts et même les ongles sont également sculptés avec un raffinement remarquable. Sa polychromie antique très bien conservée donne à l’œuvre son unicité, la rendant à la fois plus chaleureuse et plus intrigante.

FIGURES ANIMALES

L’HIPPOPOTAME

Du côté des pharaons

Hippopotame
Moyen-Empire vers 2033 – 1710 avant J.C
Aile Sully

Cette faïence égyptienne à la couleur bleue si particulière est remarquable. Son excellent état de conservation et sa taille (20,5 cm x 12,7cm x 8,1 cm) en font une œuvre à admirer sans modération dans la vitrine « faïence » au premier étage de l’aile Sully. Ce type de sculpture est un objet pour l’Au-delà dans le monde égyptien 2 000 ans avant Jésus-Christ. Enfoui dans les tombeaux des hauts dignitaires égyptiens, il symbolise la renaissance du mort. La fleur de Lotus sur son arrière-train en est une illustration évidente. Détail malheureux, l’hippopotame du Louvre n’a pas de nom. Pour la petite histoire, son jumeau, qui se trouve au Metropolitan Museum of Art de New York, est quant à lui surnommé William.

ARYBALLE PLASTIQUE EN FORME DE CHOUETTE

Chouette à parfums

Aryballe en forme de chouette
Vers 640 avant J.C – Grève, Corinthe
Aile Sully – Salle 655

Cette petite chouette, qui ne mesure que 5 cm de haut, constitue pourtant un véritable bijou technique et artistique. Il s’agit plus précisément d’un aryballe : un petit vase à parfum très couru dans l’Antiquité grecque. Cela se voit notamment aux infimes détails que sont le réservoir intérieur, l’embouchure et les orifices situés dans sa base. Esthétiquement, la parfaite maîtrise de la forme, le dessin au trait, le vernis noir et la polychromie apparente rendent la chouette très expressive et l’objet résolument moderne. Un petit accident de cuisson lui a roussi les ailes, colorant d’un beau rouge les plumes qui devaient être noires. Assurément un petit vase à parfum…vraiment chouette !

TIGRE JOUANT AVEC SA MÈRE

Scène sauvage

Le Tigre jouant avec sa mère
Aile Sully – Salle 307

Si Delacroix est principalement connu pour ses tableaux historiques, immenses et épiques, comme La Liberté guidant le peuple, il l’est beaucoup moins pour ses peintures de paysages et d’animaux. Pourtant c’est bien dans ces domaines que sa production est la plus importante. Ainsi ce tableau de deux tigres est tout à fait représentatif des peintures de félins. L’artiste passait des heures à les observer au Jardin des Plantes. Cette attention pour l’anatomie et la couleur se retrouve au cœur de l’œuvre qui est à la frontière entre la peinture et le dessin. La pause alanguie des deux tigres, les couleurs torturées symbolisent à merveille l’art de Delacroix et rappelle aux visiteurs qu’il était celui que Baudelaire qualifiait de « peintre le plus original des temps anciens et des temps modernes ».

www.louvre.fr