Les belles montres blanches de l’été
L'été est la saison où les montres blanches prennent tout leur sens. Elles évoquent les journées ensoleillées, les chemises en lin, les terrasses en bord de mer et les soirées festives qui se prolongent en soirée blanche. Mais derrière cette allure lumineuse se cache bien plus qu'une simple question de style. Céramique haute technologie, aluminium, caoutchouc ou fibre de quartz forgée : le blanc est devenu un véritable terrain d'expression pour les grandes maisons horlogères. C'est le fil conducteur de cette émission, dans laquelle Frank Sans C, la journaliste Marine Ulrich et moi-même passons en revue cinq modèles qui prouvent qu'une même couleur peut raconter des histoires très différentes. Car en horlogerie, le blanc est rarement… juste blanc.
Le blanc comme point de départ
Premier point : ces montres blanches doivent autant à leur couleur qu’à leur matière. Chez Chanel, la céramique haute résistance blanche est devenue, depuis plus de vingt ans, une véritable signature. Inrayable, agréable au porter (et au toucher) puisqu’elle s’ajuste naturellement à la température du corps, elle a largement contribué à faire de la J12 l’une des grandes icônes horlogères du XXIᵉ siècle. Revenons sur la genèse de cette montre.

Elle naît sous le coup de crayon de Jacques Helleu en 2000, alors directeur artistique de l’horlogerie de Chanel, mais c’est avec un habit de céramique noire qu’elle apparaît sur le devant de la scène. Ce n’est qu’en 2003, que la J12 est présentée en céramique blanche. En 2019, à l’aube de ses 20 ans, elle est subtilement retravaillée par Arnaud Chastaingt.

Avec pour mantra « Tout changer sans rien changer », il augmente l’ouverture du cadran ; affine la lunette dont il modifie le cliquetis lorsqu’elle tourne, passant de 30 à 40 crans ; redessine les chiffres, les index, le chemin de fer et le bracelet ; avant de l’équiper d’un nouveau calibre.

La maison Audemars Piguet, quant à elle, présente une Royal Oak entièrement réalisée, elle aussi, en céramique blanche. Un matériau particulièrement exigeant à travailler, dont la difficulté réside autant dans son usinage que dans l’obtention des alternances de satinage et de polissage. Le résultat est saisissant, d’autant que les touches d’or rose viennent réchauffer cette monochromie immaculée, à l’image des aiguilles qui survolent le cadran argenté au motif Tapisserie. Ce modèle se distingue aussi par son bracelet également en céramique, muni de goupilles invisibles intégrées aux plots pour les relier aux maillons.

Chez Bvlgari, le blanc naît de la rencontre entre l’aluminium sablé et le caoutchouc. Une combinaison que la maison italienne explore depuis la fin des années 1990 avec la collection Bvlgari Aluminium et qui continue aujourd’hui de brouiller les frontières entre montre sportive et montre de luxe. D’un diamètre de 40 mm, la montre possède un boîtier en titane et en aluminium brossé, auréolé d’une lunette en caoutchouc blanc. Étanche à 100 mètres, la boîte abrite un cadran opalin verni contrasté d’aiguilles et d’index en laiton rhodiés luminescents ainsi que d’une date discrète placée à 3 heures.

Quant à H. Moser & Cie., la Maison pousse l’exercice encore plus loin avec un boîtier usiné en fibre de quartz forgée, une matière plus blanche que la fibre de verre, résistante aux UV et façonnée selon un procédé complexe. En effet, les fibres de quartz sont découpées en segments, disposés dans un moule, compressés puis mélangées à de la résine injectée, avant de subir deux cuissons successives. Le résultat ? Un motif moiré unique.

Quand la technique se cache derrière la couleur
Sous ces silhouettes lumineuses se cachent de belles mécaniques. La Montre J12 de 38 mm de diamètre embarque le calibre manufacture 12.1 développé avec Kenissi, certifié chronomètre par le COSC (Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres) et doté d’environ 70 heures de réserve de marche. Le second modèle, la Montre J12 28 mm, bat au rythme d’un mouvement à quartz de haute précision.

La Royal Oak Automatique 34 mm dévoile, quant à elle, à travers un fond en saphir, un calibre automatique décoré de Côtes de Genève, de surfaces perlées, satinées et soleillées. Il est aussi équipé d’une masse oscillante ajourée en or rose 22 carats.

Cette Bvlgari Bvlgari Aluminium reste fidèle à son approche sport-chic et à son mouvement mécanique à remontage automatique dont le groupe de régulation oscille à 28 800 alternances par heure (4 Hz) et offre une réserve de marche de 42 heures.

Puis arrive H. Moser & Cie., qui rappelle que l’horlogerie sait encore surprendre. Ici, le remontage de la Streamliner Pump ne s’effectue plus par une couronne traditionnelle, mais grâce à un poussoir orange directement inspiré de la mythique Reebok Pump.

Une seule pression suffit à transmettre l’énergie au ressort du barillet, activant au passage l’indicateur de réserve de marche présent à 8 heures. Une seule pression suffit pour offrir plus d’une heure de réserve de marche. Voilà probablement la seule montre capable de donner envie d’appuyer sur un bouton… juste pour le plaisir.

Le blanc casse les codes
Longtemps, les montres blanches ont souffert d’une image un peu trop estivale, parfois même exclusivement féminine. Cette sélection va au-delà. La J12 demeure l’une des premières montres véritablement unisexes. La Royal Oak conserve tout son caractère sportif malgré son diamètre contenu de 34 mm. La Bvlgari Aluminium revendique un luxe décontracté qui passe aussi bien avec un polo qu’un costume en lin. Quant à la Streamliner Pump, elle assume un humour rarement vu dans l’univers de la haute horlogerie, en transformant un geste de la pop culture des années 1990 rendu iconique par le basketteur des Boston Celtics, Dee Brown, en complication ludique.

Finalement, ces cinq montres prouvent qu’une couleur ne définit jamais une montre. Derrière un cadran immaculé ou un bracelet éclatant se cachent des visions très différentes de l’horlogerie : la couture selon Chanel, l’architecture selon Audemars Piguet, l’art de vivre italien selon Bvlgari et l’insolence mécanique selon H. Moser & Cie.

Comme quoi, le blanc n’a décidément rien d’une page vide. Bien au contraire, il offre aujourd’hui aux manufactures l’une des plus belles façons d’exprimer leur personnalité. Une question de style… et de caractère.

Chanel Montre J12 Calibre 12.1, 38 MM – 9 750 euros
Chanel Montre J12 28 MM – 5 100 euros
Bvlgari Aluminium – 3 700 euros
Audemars Piguet Royal Oak Automatique – 56 200 euros
H. Moser & Cie Streamliner Pump White – Edition limitée à 250 exemplaires – 39 600 euros
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