Séoul, c’est cool
La Corée du Sud brille sur le podium de nos désirs d’ailleurs. L’an passé, 165 000 Français ont choisi d’atterrir à Séoul (+ 25%). La capitale, passage obligé du séjour, illustre la fascination qu’exerce le pays du Matin calme.

Un autre indicateur révèle l’attrait que suscite un pays réputé pour sa cohésion, sa haute-technologie, sa gastronomie et ses mystères : plus de 2 500 jeunes Français sont inscrits dans les facs de Corée. Une mode ? Non, une consécration. La K-pop, musique d’ordinateur hautement chorégraphiée, chantée par de jeunes éphèbes sapés comme des princes y est sans doute pour beaucoup. A moins que ce soit l’appel des K-dramas, mièvreries feel good que s’arrachent les télés du monde entier. La société coréenne ajoute son ordre, implacable, et ses traditions, elles sont millénaires. Le pays jubile et rafle la mise.

Forêts de tours
Illustration virevoltante dans le quartier de Meyongdong, en plein cœur de Séoul. L’agglomération rassemblent 26 millions d’habitants, la moitié de la population coréenne qui se presse sur un territoire cinq fois moins grand que la France (100 210 km²). D’où ces forêts de tours, un concours de laideur, chaque quartier la sienne. Efficacité d’abord, logement pour tous. Ailleurs, on parlerait de cités dortoirs à l’invivable densité (50 étages, 500 appartements).

Pas ici où, 70 ans après une guerre qui laissa le pays exsangue, la dynamique de la nation, sa discipline et sa réussite font loi : saluer ses voisins, ne pas fumer à l’extérieur encore moins tricher dans le bus, ne même pas imaginer traverser la rue tant que le petit bonhomme est rouge, parler bas, ne jamais compter son temps de travail (jusqu’à 52 heures par semaine) ni importuner qui que ce soit en public. Pas de pitié pour les tricheurs. Dénonciation, condamnation, exclusion. Divorce et licenciement à suivre.

Divin soju
A l’inverse, la société coréenne couve ses enfants, les bébés sont rois, les jeunes femmes s’habillent très court et avec extravagance sans que personne trouve à y redire, les transports en commun sont d’une totale ponctualité, les primes de fin d’année tombent sans besoin de les demander, merci Samsung, KIA, LG, Hyundai et autres multinationales, la table comme le soju (alcool local vendu trois fois rien) se partagent en famille, en tribu, entre amis, solitude je te haïs, jusqu’à l’ivresse, divine excuse pour (enfin) parler vrai, pour (enfin) aimer vrai.
Cousin du nord
La Corée vit en flux tendu, mille à l’heure, urgence. Smartphones, voitures électriques ou rythmes lissés de BTS (70 millions de followers), la conquête du monde est en marche. Tant pis si la natalité est au plus bas, oublions le taux record de suicide chez les jeunes-femmes, taisons la tension permanente avec le cousin du nord (partition actée par armistice le 23 mars 1953, paix jamais signée depuis) comme cette folle consommation qui étourdit, chirurgie esthétique, cosmétiques, voiture électrique dernier modèle, montre connectée, déluge de pubs dans la rue, selfies permanents, diktat des applications.

Mate mon bonheur
Dans les ruelles de Meyongdong, les enseignes de mode s’intercalent entre les boutiques de masques de beauté, de coques pour smartphones, de bijoux fantaisie, de maquillage, de mini-peluches, accessoire indispensable de la jeunesse coréenne pour singulariser son sac, ses clefs, son téléphone, sous un ciel de néons multicolores.

Shopping, nous voici. De 16 heures à minuit, la foule, dense, joyeuse, se presse dans les ruelles pour la plupart piétonnes. Pas la moindre bousculade (ne jamais toucher les inconnus), juste le féroce appétit d’en voir et d’en avoir encore plus, tout de suite, smartphone en main, moi, star en mode vidéo, mate mon bonheur, envie ma vie !
Hit-parade des gourmandises

Dans ce feu d’artifices aux couleurs du jour, la fameuse street food excelle et s’immisce partout. Dans les restaurant conventionnel où poulet, cochon et bœuf en BBQ (chaque table est équipée de son feu vif) tiennent la vedette, ou bien sur les stands chaque soir alignés au fil des rues.

Calamars, crabes, crevettes, tofu, brochettes, soupes, fruits, beignets… ravissent toutes les gourmandises. Très bon, peu cher et d’une parfaite simplicité à la condition toutefois d’aimer grignoter debout et sans boisson.
Star de cinéma

Au cœur de Meyongdong se trouve l’hôtel 28, l’année de naissance du propriétaire, havre de paix miraculeusement à l’abri de l’effervescence du quartier. Bonne nouvelle, ce 3-étoiles (largement méritées) de 155 chambres, la joue chic et raffiné. Logique, la maison appartient à une star coréenne du cinéma, Shin Young-kyun, 98 ans aujourd’hui, chaque jour présent aux côtés du fiston qui tient les manettes.

Durant les années 50-60, il a tourné dans des dizaines de films. Ses souvenirs tiennent lieu de décoration dans les parties communes, affiches, trophées, photographies, livres, projecteurs, caméras… Dans les chambres et suites, l’esprit ciné dicte le marbre blanc des salles de bains, les grands miroirs ou les luminaires de loges.

Incroyable énergie
Surprise, plusieurs de nos compatriotes travaillent dans l’établissement. Mélanie, 26 ans, assure l’accueil des voyageurs venus de France. Le job lui offre l’intégration dont elle rêvait tout en lui permettant de suivre un cursus informatique à l’université de Séoul : « Respect des autres, des femmes en particulier, cohésion autour de règles claires, ni triche, ni arnaque, ni bousculade, je découvre une société qui mobilise avec une incroyable énergie, tout en cultivant les mystères de sa culture millénaire. C’est terriblement stimulant ! ». Plus de deux mille nouveaux bacheliers français s’apprêtent à suivre Mélanie. Victoire, la Corée fait envie.
Pratique
Vol quotidiens Paris-Séoul (12 heures) et retour (14 heures) assurés par Air France et Korean Air, à partir de 1 200 euros en classe économique. En classe Affaires, à partir de 6 000 euros. www.airfrance.fr et www.koreanair.com
Hôtel 28, De 150 à 200 euros la chambre double aux dates les moins courues.
13 Myeongdong 7 Gil, www.hotel28.co.kr
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